texte de présentation de Mars Wars
Au milieu des
cartons et du blanc qui commence à couvrir cette drôle de structure,
déjà monumentale pour un premier jour, nous avons commencé à parler.
À nous de comprendre rapidement que l’artiste fait œuvre. L’artiste
fait œuvre dans le sens où, rien ne se fige, ni dans le temps, ni
dans l’espace. Il est ce qu’il fait, ce qu’il fait est ce qu’il
est. L’artiste fait œuvre dans le sens où cette exposition n’est
que le prolongement de la précédente et l’annonce de la prochaine.
Il l’explique ainsi – « Tu vois, c’est une manière d’être,
un style de vie, on s’est débarrassé du social et on choisit, comme
pour le vêtement, de ne mettre que ce qui vous correspond, ce dans
quoi on se sent bien, on se sent soi ». Manière d’être - habitus -
habit. De brefs détours étymologiques en digressions nous en arrivons
à discuter de l’évidence que notre curiosité se portera toujours
sur ce qui se trouve à l’intérieur. Ce qui se cache. Ce que l’on
a envie d’imaginer, ce que l’on peut imaginer. Des strates, une
série de couches qui détourne de la réalité, de l’objet premier,
vous poussent à évoluer sur des terrains imaginaires, plus riches
et fertiles que ce que promet la présence ou la représentation fidèle
de l’objet. Dessinateur, ayant débuté, encore étudiant aux beaux-arts,
en réalisant des trompe-l’œil, Jean-Luc FAVERO connaît cette fidélité,
cette allégeance de l’art envers la nature. À travers Mars Wars,
il veut évidemment parler et représenter autre chose. Il redessine,
remodèle, densifie les volumes et le propos. Inspiré par la personnalité
d’Ahmad Shah Massoud, notamment telle que nous l’a montrée Christophe
de Ponfilly, à travers son documentaire « Massoud L’Afghan »,
le propos veut mettre en lumière l’énergie constante qui se dégage
du rapport étroit entre guerre et amour. Massoud le poète. Massoud
le chef d’armée. L’homme qui pour parler de sa réalité - préparer
la guerre pour l’indépendance de son peuple - parle de poésie.
L’amour et la liberté se gagnent au prix d’une bataille. À Favéro
de tisser alors sa vision du Moujahid à la mythologie grecque, Arès
et Aphrodite - Mars, Vénus - couple infernal et adultérin. La beauté
embrasse la violence ou la mort et une énergie se créée : le
désir. Le désir dans son ambivalence.
Tout cela est
un point de départ, évidemment. Et, pour rester dans la zone
du désir, celui de Jean-Luc FAVERO pour sa création se montre sans
équivoque. Nous lui avons donné une carte blanche et le temps. Chaque
jour, dans un décor rêvé, des chimères - des animaux machines, des
machines animales - s'affrontent. Un dessin se révèle. Présent, l’artiste
est à sa création, comme un enfant. Le lieu que nous lui laissons
investir inspire chaque élément, chaque mouvement, chaque forme. Il
le sculpte, l’habille, le rend monumental. Œuvre in situ,
de l’instant, MARS WARS existe pourtant déjà. A l’étage, sur
la coursive, se trouve une série de dessins. Ce sont les combattants.
Telles les pièces d’un carnet de note préparant la narration proprement
dite, ces dessins révèlent autant la portée poétique d’un désir
enfantin de mise en scène qu’ils laissent entrevoir l’importance
de l’installation le jour du trait final. À l’œuvre, l’artiste
dispose de vingt-cinq jours pour animer ses 150 chimères et chaque
jour est une découverte, une page ajoutée au récit de MARS WARS.